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<title>THREE VIEWS OF A SECRET - film</title>
<description>Le blog de Shalmaneser</description>
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<title>De l'art de déguiser une fiction en documentaire</title>
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<author>noreply@ (Nemrod)</author>
<category>Film</category>
<pubDate>Fri, 31 Oct 2008 23:42:00 +0100</pubDate>
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&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://shalmaneser.blogspirit.com/media/00/00/1647406389.jpg&quot; id=&quot;media-271172&quot; alt=&quot;entre_les_murs.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; name=&quot;media-271172&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Je voudrais parler ici du désormais célèbre &lt;i&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; de Laurent Cantet, heureux détenteur de la Palme d’Or du dernier festival de Cannes, et peut-être – qui sait ? – bientôt récompensé d’un Oscar. Ce qu’on sait moins, c’est que ce même film place en danger de mort l’ensemble du corps professoral, récemment menacé de pendaison par l’irascible &lt;span style=&quot;text-decoration: underline;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; title=&quot;http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2008/10/04/index.html&quot; href=&quot;http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2008/10/04/index.html&quot;&gt;Pierre Cormary&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;, ainsi que l’ensemble des élèves, qu’il a la ferme intention de jeter aux oubliettes. Je voudrais donc, par égard pour mes fragiles vertèbres, et pour éviter un prochain bain de sang à l’échelle mondiale, rétablir de toute urgence la vérité sur ce qu’est devenue la vie entre les murs de nos collèges.&lt;br /&gt; Pour commencer, M. Cormary, comme tout exécuteur public qui se respecte, va un peu vite en besogne. Pourtant, avant d’accomplir son sinistre office, un bon bourreau ne doit-il pas vérifier l’exactitude des faits qui lui ont été rapportés ? Laissez donc là votre planning de la journée, les collègues attendront ; je vous accompagne au MK2 le plus proche, je vous y invite ; après quoi, nous pourrons reparler de tout cela à tête reposée (sans mauvais jeu de mots, puisqu’il s’agit de pendaison).&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Nous y voilà. Observez déjà la trogne du professeur, dont on apprendra plus tard qu’il s’appelle François Marin – en réalité, c’est François Bégaudeau &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt;. Le voilà déjà tout déconfit, avant même d’avoir franchi la porte fatidique. Il a probablement déjà en tête tout ce que cette année scolaire compte d’incidents virtuels. Peu importe. Il boit d’un trait son amertume et son café, et le voilà parti : c’est la rentrée !&lt;br /&gt; Voici maintenant une horde de professeurs, tous plus ou moins dépressifs, dont les discours tendent systématiquement à affirmer qu’ici, dans ce collège, c’est pas de la tarte, qu’on y morfle sévère : voyez ce pauvre monsieur qui ne compte même plus les années qu’il a endurées ici, et cet autre qui essaie tant bien que mal d’enseigner les mathématiques. Quant à la bleusaille que vous voyez là, contente d’être « enfin rentrée dans Paris », elle est la seule à sourire franchement, et pour cause : hors de Paris, c’est bien pire. Accrochez-vous, ça promet : on n’a pas encore croisé un élève.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Passons dans la classe. Les élèves entrent, jetant déjà, avec la négligence caractéristique de leur espèce, un semblant de rébellion subliminale dans le scénario. Vous n’avez pas remarqué ? François Marin a instamment prié un élève d’enlever son haut-de-forme ; le pithécanthrope s’est exécuté, docile, mais voilà qu’un échalas passe sous ses yeux, la casquette fièrement posée sur un coin de sa caboche sans doute vide. Le professeur le regarde entrer sans rien dire ; il sait peut-être que s’il interpelle l’énergumène, il lui sautera à la gorge sans ménagement. Mais ici j’invente, j’exagère, j’interprète, et rien ne me prouve que Laurent Cantet ait sciemment vissé cette casquette sur cette caboche dans cette intention précise. Je reviendrai à ce problème d’interprétation de l'image. Toujours est-il qu’une fois entré dans la salle de classe, le forcené potentiel n’a toujours pas ôté sa casquette.&lt;br /&gt; Au bout de quelques minutes, l’affrontement qui couvait démarre : une élève refuse catégoriquement d’écrire son nom sur un cavalier afin de permettre à tous de la connaître, sous prétexte que François Marin l'avait déjà comme élève l'année précédente. Après quelques secondes de tension, le professeur s’avère être le principal fautif : il a oublié d’écrire son nom au tableau. Une première fois, on nous suggère – et ce n’est certainement pas une coïncidence – que l’inconséquence des élèves n’a d’égal que celle de leur professeur, qui n’a manifestement aucune idée préalable du déroulement du cours ; il improvise gaiement. Il faut dire que le contraire serait fâcheux pour le suspense.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Ce n’est d’ailleurs pas un hasard non plus si la plupart des séquences filmées en classe, dans la suite du film, ne sont pas à proprement parler des cours, mais des « heures de vie de classe » durant lesquelles les élèves peuvent effectivement s’exprimer sur ce qui se passe au collège ou ailleurs. On l’aura compris, sans qu’il soit nécessaire d’aller plus loin dans le détail du déroulement d’&lt;i&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; (je vous épargne la passionnante controverse autour de la Coupe d’Afrique des Nations, le conseil de classe perturbé par les deux déléguées sans la moindre réprimande, et le conseil de discipline où l’élève concerné traduit tout à sa mère qui ne parle pas le français) : le visage qu’offre le collège, dans ce film, est calamiteux. Bien sûr, cela n’a rien de surprenant, étant donné le besoin que nous semblons éprouver de noircir au maximum le tableau de l’éducation, comme pour nous dédouaner par avance de l’avenir catastrophique qui nous attend.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Au risque de décevoir mes compatriotes, je pense qu’il est temps de rappeler que le collège n’est pas un lieu si spectaculaire, et qu’il s’agit plutôt d’un endroit où les élèves apprennent à maîtriser des notions et des compétences. N’oublions pas que le sens du collège réside essentiellement dans ces séances d’apprentissage, si étrangement absentes du film de Laurent Cantet. Car même lorsque les élèves travaillent, dans la classe de François Marin, ils n’&lt;i&gt;apprennent&lt;/i&gt; rien ; ils ne font que ressasser ce qu’ils savent déjà sur leur propre compte, comme les gros abrutis autotéliques qu’on voudrait apparemment qu’ils soient, et qu’ils ne sont jamais, en aucun cas.&lt;br /&gt; C’est d’ailleurs toujours en marge de ce contexte d’apprentissage que survient la violence, clairement provoquée ici par le professeur qui déstabilise la classe en insultant ses élèves sous le coup de la colère – faut-il encore rappeler ici que le métier de professeur implique un minimum de professionnalisme et de maîtrise de soi ? Ou bien le choix de l’incompétence crasse du professeur est-il à mettre sur le compte de la nécessité pour le réalisateur de dynamiser son film ? Pour ma part, j’y vois un parti-pris contestable qui fait du professeur un élément totalement irresponsable de la classe, au même titre que l’élève.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; On me répondra peut-être qu’il ne s’agit que d’une fiction, et que mon analyse relève de l’interprétation subjective ; mais le palimpseste, au cinéma comme en littérature, a ses limites, qui sont celles du texte et du scénario. J’ai déjà parlé du choix des scènes, en particulier dans la classe. Venons-en à l’usage bien particulier que le réalisateur a fait des techniques cinématographiques, et qui relève à mon sens du trompe-l’œil idéologiquement orienté.&lt;br /&gt; Je pense avoir suffisamment montré combien ce film correspond à un point de vue singulier sur l’enseignement en France ; pourtant, chaque scène évoque le documentaire par le choix d’un éclairage et de couleurs ternes, ainsi que par l’absence de musique de fond, voire de cadrage bien défini ; cette non-esthétisation délibérée de l’image, ce degré zéro apparent du style relève bien évidemment de la stratégie stylistique consciente, et vise clairement à présenter chaque événement filmé comme un fait brut, à l’imposer comme tel, ce qui fonctionne apparemment très bien. Tout est mis en œuvre pour qu’on oublie la présence de la caméra dans la classe, le déroulement d’un scénario prédéfini, et surtout le rôle joué par les élèves, forcément différent de leur comportement ordinaire en cours.&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;br /&gt; Toutes proportions gardées, &lt;i&gt;Entre les murs&lt;/i&gt; repose sur le même principe que la télé-réalité : il s’agit bien, dans les deux cas, de donner l’impression au spectateur qu’il se passe réellement quelque chose, alors que tout est jeu fictionnel. Il n’y a rien de plus authentique en apparence, rien de plus &lt;i&gt;faux&lt;/i&gt; en réalité qu’une conversation intime filmée en gros plan dans &lt;i&gt;Secret Story&lt;/i&gt;, ou qu’une violente dispute entre élève et professeur dans le film de Cantet. La manipulation réside précisément dans cette confusion entre la forme documentaire et le fond fictionnel, et cette manipulation n’est pas anodine, puisque c’est sur cet effet de réel que repose tout entière la crédibilité et l’efficacité de ce film, dont le but était, selon les propres termes de Laurent Cantet, de « montrer de petits moments dans la vie d’une classe ». Eh bien, si tel était réellement le projet, ce dont je ne doute pas une seule seconde, je pense être en mesure d’affirmer que c’est raté.&lt;/p&gt; 
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