03/11/2008
Edward Whittemore, Le Quatuor de Jérusalem

« Un texte circulaire, une antichronique, calmement contradictoire, suggérant l’infini. »
Edward Whittemore, Le Codex du Sinaï, p. 45.
Plusieurs mois après ma lecture du dernier volume du Quatuor de Jérusalem d’Edward Whittemore, publié en traduction française dans la collection Ailleurs et Demain (Robert Laffont), je me décide enfin à publier ici un compte rendu de cette œuvre monumentale et pourtant méconnue en France comme ailleurs, ce qui ne saurait durer plus de quelques décennies – encore que l’auteur n’eût peut-être pas désavoué ce statut marginal qui confère au Quatuor une dimension secrètement initiatique, au même titre que le Codex du Sinaï, dont si peu d’individus connaissent l’existence, et qui pourtant recèle, pour les personnages du Quatuor, la solution de l’énigme du monde.
Pour peu que l’on s’aventure entre ses pages, on y trouve étalé sous nos yeux, comme en mode panoramique, le foisonnant bric-à-brac de l’Histoire contemporaine occidentale. Le théâtre du récit se situe pourtant au Moyen-Orient ; c’est que Whittemore, en bon agent de la CIA rompu aux grandes manœuvres de la politique internationale, avait compris que cette région constitue l’éternel épicentre de notre univers. Ce choix n’est donc pas anodin, comme on pouvait s’y attendre ; il indique d’emblée au lecteur que l’angle d’approche choisi par Whittemore pour dépeindre notre époque a trait autant à l’histoire politique ou économique qu’à l’histoire des religions. De ce point de vue, Damas, la Profane, est à l’économie du Moyen-Orient ce que Jérusalem est aux croyances qui l’animent. Le Caire, en revanche, est davantage un lieu de prédilection sur le plan politique. Enfin, Smyrne symbolise à elle seule les plaisirs levantins, du moins jusqu’en 1922. De siècle en siècle, d’exode en croisade, chacune de ces villes n’a cessé de jouer le rôle qui lui avait été imparti ; et le Quatuor met en évidence cette configuration géographique millénaire qui sert de décor principal, depuis le temps d’Abraham et de Melchisédech, à l’Histoire humaine.
L’œuvre de Whittemore est aux dimensions de cette Histoire : son intrigue est donc particulièrement difficile à démêler, à l’instar du nœud gordien qu’elle représente. J’ai donc naturellement opté, après une longue période d’hésitation, pour la fameuse technique macédonienne qui consiste à trancher l’entrelacs par son milieu et à observer la coupe obtenue.
Le Moyen-Orient, dans le Quatuor, est le lieu par excellence de l’incarnation. Nous l’avons vu à propos de ses cités majeures, qui renvoient aux principaux aspects de l’activité humaine ; de même, chaque personnage renferme un idéal singulier qui prend son sens à la fois dans le récit de Whittemore, et dans l’Histoire telle qu’il la conçoit. Nous verrons ainsi que Plantagenêt Strongbow, le personnage phare du Codex du Sinaï, incarne avec de nombreuses nuances le positivisme conquérant propre au XIXe siècle ; Skanderberg Wallenstein, son antithèse absolue, s’attache au contraire à rétablir les illusions du passé, tandis que Joe O’Sullivan Beare apparaît, tout au long du Quatuor, comme un personnage emblématique du désenchantement lié à la modernité. S’ajoute à ces archétypes le personnage sur lequel repose de bout en bout l’architecture du récit, et auquel je m’attacherai en dernier lieu : Stern, le fils de Strongbow, qui incarne l’impossible et inépuisable espoir, c’est-à-dire plus précisément l’idée de miracle – j’y reviendrai. L’étude de ces quatre personnages majeurs et de leurs satellites me permettra donc à la fois de dessiner par bribes les contours du récit, et de relier chacun d’entre eux à un ou plusieurs éléments d’interprétation de l’œuvre dans son ensemble.
Eh bien, nous y voilà : hachons menu ces quatre volumes, et voyons ce qui en sort.
SOMMAIRE
I. Strongbow ou la fin du positivisme
II. Wallenstein ou l’illusion maintenue
III. O’Sullivan Beare ou le désenchantement
IV. Stern ou la Rédemption (à paraître)
01:37 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : edward whittemore, le quatuor de jérusalem


Commentaires
Cool. J'espère que tu ne m'en veux pas de notre petite joute à propos d'Entre les murs : j'attends ta série d'articles avec une grande impatience. Juste, si tu pouvais trouver autre chose qu'un lettrage gris sur fond noir, ça ferait du bien à mes yeux !
Ecrit par : Transhumain | 04/11/2008
Ach ! C'est dommage, j'aime bien le fond noir, ça fait ressortir les images. Mais c'est vrai que le texte est moins lisible que sur un fond blanc. Cela dit, étant donné que je suis totalement incapable de me débrouiller avec les codes html, et qu'aucune des configurations prédéfinies de blogspirit/hautetfort ne me convient, je suis dans l'impasse. Mais tu fais bien de me le dire, je trouverai bien une solution !
Pour ce qui est de mes notes sur Whittemore, je vais malheureusement mettre encore ta patience à l'épreuve : la rentrée approche à grands pas, la deadline de Galaxies également, et c'est loin d'être totalement prêt... J'ai publié ce sommaire pour allécher mes lecteurs autant que pour m'obliger à accélérer la cadence.
Mais pourquoi t'en voudrais-je ? Je te connais tout de même suffisamment pour savoir que mister Transhu n'est jamais que la version la plus belliqueuse d'Olivier ! ^^
Et pour tout dire, je comprends ta réaction ; mais encore une fois, nous en reparlerons bientôt de vive voix.
Ecrit par : François | 05/11/2008
Et voilà ! C'est un peu terne, mais ça a le mérite d'être clair, comme on dit.^
Ecrit par : François | 05/11/2008
Ahhhh ! C'est beaucoup mieux ! Je vais enfin pouvoir te lire sans attraper des maux de tête !
La deadline : ALERTE ROUGE !
Ecrit par : Transhumain | 08/11/2008
T'inquiète, ça arrive !
Ecrit par : François | 08/11/2008
Maintenant que la deadline est passée, et qu'on est tous soit morts, soit à jour dans nos galaxichroniques: JE VEUX LA SUITE DE CET ARTICLE, François.
Ecrit par : Bruno | 11/11/2008
Fi ! Tu mériterais presque que je retire la suite, que je viens de publier avant de lire ton odieux commentaires, vil Transhumain !
Ecrit par : François | 11/11/2008
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