24/07/2008

Théophile de Viau : épilogue

afd64e1101c01a6117f34d43390ce7d0.png
 
    Eh bien voilà, la totalité de mon travail sur Théophile est à présent en ligne. J’en profite pour présenter mes excuses à ceux qui, ennuyés des Belles-Lettres universitaires, attendaient peut-être de ce début d’été qu’il offre un Shalmaneser plus conforme à sa petite réputation de processeur en syncope – c’est-à-dire des notes sur la littérature de « science-fiction » (je mets de moins en moins de conviction dans cette appellation) ou les « littératures de l’imaginaire » (ce qui n’est guère mieux ; quelle littérature n’est pas « de l’imaginaire » ?). Un retour à la littérature actuelle ne saurait tarder : je publierai bientôt quelques réflexions sur les ouvrages que j’ai chroniqués dernièrement pour la nouvelle revue Galaxies, parmi lesquels figurent en bonne place L’Enfant de cristal de Theodore Roszak, Histoires sauvées du feu de Fabrice Colin et Le Quatuor de Jérusalem d’Edward Whittemore. Viendront également quelques réflexions en cours sur l’écriture vivace et néanmoins contemporaine de Pierre Michon.
    Je n’exclus pas cependant de replonger tôt ou tard dans les profondeurs négligées de l’histoire littéraire, puisque ce blog, sans trop savoir où il va, a tout de même pour vague projet d’établir une filiation pressentie entre cette « grande » littérature et la littérature d’aujourd’hui qui trop souvent la dédaigne. « L’idéal, écrit justement Pierre Michon dans Le roi vient quand il veut, serait de partir la fleur au fusil mais avec le moulin à prières dans sa musette. » On ne pourrait pas mieux exprimer l’ambivalence de mon rapport aux livres et à l’écriture. Peut-être ce dossier Théophile de Viau n’est-il là que pour rappeler la présence, au fond de la musette, du vieux moulin à prières.
    Mais si j’ai résolu de tout publier maintenant, c’est aussi parce que Théophile est au programme de la prochaine agrégation ; peut-être certains y trouveront-ils matière à réflexion. Encore une fois, j’aurais été bien incapable de fournir un travail de recherche véritablement complet et intégralement fiable. Comme je l’ai déjà indiqué dans l’Avant-propos, ce qui avait commencé comme un mémoire universitaire est rapidement devenu une réflexion d’ordre personnel dont le but n’était pas d’offrir un panorama de la recherche actuelle sur Théophile, mais plutôt de proposer une lecture renouvelée de son œuvre poétique, à la lumière du Traité de l’immortalité de l’âme, étonnante traduction du Phédon.
    Avec quelques années de recul, cette orientation singulière de mon travail sur Théophile, à contre-courant de la critique, me semble moins le fruit d’un revirement occasionné par la lecture de ce Traité que le résultat de mes réflexions d’alors sur la foi : il m'a semblé probable que cette foi ait été plus sincère du côté de Théophile, le roi des libertins, que de celui du père Garasse et de ses épigones. La vraie foi ne se trouve-t-elle pas dans la résolution miraculeuse – toujours répétée, et pourtant jamais acquise – d’un doute, plutôt que dans la perpétuation forcée d’une tradition ? et l’histoire de ce questionnement n’est-elle pas d’abord l’affaire de l’individu, avant d’être celle de l’ecclesia ? Est-il possible d’être chrétien en bafouant la chrétienté comme le fit Théophile, comme le fait peut-être toute notre littérature ?
    Une chose est sûre ; c’est que la littérature, par-delà les affres de la mauvaise foi qui font notre quotidien, trace encore le cercle sacré de l’augure dans le ciel de notre imaginaire.

Commentaires

Ah, parfait parfait ces pistes de réflexion qui récapitulent aussi tes questionnements de ces dernières semaines!!

Si je voulais pousser vraiment le bouchon plus loin, j'essaierais de te suggérer que les cheminements individuels ne vont vraiment quelque part qu'orientés par, et appuyés sur, cette fameuse "tradition" de pensée, la fameuse pensée chrétienne, en soi révolutionnaire si l'on veut, capable à tout moment de provoquer dans le cours de l'existence des coupes transversales, des déchirures, de susciter, depuis la terre, des colonnes de lumières inattendues...
Les conformismes sociaux de la version la plus faible, la plus "moutonnante", de l'Eglise contemporaine, je pense que tu apprendras bien vite, en discutant avec des chrétiens, qu'on est toujours obligé de composer avec, et que les plus belles sincérités sont bien obligées d'accepter ces compromissions (somme toute mineures...!). Ce n'est pas très grave.

Et puis je ne suis pas moi-même un parfait "chrétien", ne serait-ce que par mon manque d'assiduité à la liturgie (je pense que ça reviendra vite, désormais, maintenant que je sais un peu de quoi mon avenir sera fait).
Mais il y a une petite phrase, écrite en hébreu à l'origine, qui me sert de fil directeur, dans tout ça. Elle est la citation d'ouverture de L'Etoile de Rosenzweig, et elle dit, de façon assez énigmatique:
"Triomphe et chevauche pour la cause de la vérité"...

Ecrit par : Bruno | 24/07/2008

Tu as raison Bruno, bien entendu ; et la réalité n'est certainement pas si schématique. Je ne suis pas sûr d'accepter un jour ces "compromissions", comme tu dis. Nous reparlerons de tout cela ! Mais tu vois, finalement, toute ces pistes de réflexion remontent à 2005... ;-)

Ecrit par : François | 26/07/2008

Ecrire un commentaire