17/03/2008

Théophile libertin

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Sommaire


  • Un « poète rebelle »

            Les affinités de Théophile avec le matérialisme antique transparaissent également dans son attitude rationaliste. Quoique le matérialisme lui donne parfois l’occasion de célébrer l’harmonie naturelle, c’est plus fréquemment encore contre l’absurdité des coutumes et des idées reçues que Théophile use son encre. Son œuvre a été souvent étudiée dans cette direction, à l’image de l’ouvrage de Guido Saba intitulé Théophile de Viau : un poète rebelle[1]. Sa pensée épicurienne et son goût de la liberté le placent en effet à contre-courant de la nouvelle émergence du rigorisme augustinien, et en font l’un des principaux adversaires du pouvoir religieux dans les milieux littéraires. La désapprobation de Théophile à l’égard de son époque apparaît clairement dans l’Elégie à une dame :

Le savoir est honteux depuis que l’ignorance

A versé son venin dans le sein de la France.

Aujourd’hui l’injustice a vaincu la raison,

Les bonnes qualités ne sont plus de saison,

La vertu n’eut jamais un siècle plus barbare,

Et jamais le bon sens ne se trouva si rare.[2]

            Ce réquisitoire est clairement dirigé contre le parti dévot représenté par l’ordre des jésuites, de plus en plus présents sur le plan politique et moral, comme en témoignent les deux vers suivants, qui révèlent un profond désaccord d’ordre philosophique entre Théophile et ses adversaires :

Celui qui dans les cœurs met le mal ou le bien,

Laisse faire au destin sans se mêler de rien […].[3]

            Bien qu’il n’y renvoie pas explicitement, le poète formule ici une attaque contre le dogme chrétien de la Providence, qui affirme la vie de chaque créature est déterminée par la transcendance divine depuis le commencement du monde. Ce dogme chrétien va à l’encontre du matérialisme de Théophile, qui accorde davantage d’importance à la vie mondaine qu’à l’au-delà. En dénonçant le fatalisme qu’implique l’idée de Providence, Théophile réaffirme ainsi l’importance du choix dans l’existence humaine, et, par conséquent, la possibilité d’une liberté individuelle.

            On retrouve la même virulence dans la Satire première, où Théophile dresse le portrait peu flatteur d’un vieillard autoritaire qui peut faire songer, sinon à un père jésuite, du moins à un dévot donneur de leçon :

Un vieux père rêveur, aux nerfs tous refroidis,

Sans plus se souvenir qui il était jadis,

Alors que l’impuissance éteint sa convoitise,

Veut que notre bon sens révère sa sottise,

Que le sang généreux étouffe sa vigueur,

Et qu’un esprit bien né se plaise à la rigueur.

Il veut nous attacher nos passions humaines,

Que son malade esprit ne juge pas bien saines.

Soit par rébellion, ou bien par une erreur,

Ces repreneurs fâcheux me sont tous en horreur […].[4]

            Ces vers témoignent encore une fois du désaccord qui sépare Théophile de la morale chrétienne dominante. Il attribue habilement la cause du rigorisme du censeur à sa décrépitude physique, qui provoque la maladie de son esprit : c’est donc une nouvelle fois en s’appuyant sur le matérialisme que Théophile mène son réquisitoire. Le vieillard, qui ploie sous les assauts de l’âge et perd sa capacité à profiter des bienfaits de l’existence, est opposée au jeune homme qui n’aspire qu’à « suivre la nature », c’est-à-dire à vivre selon ses désirs. La figure même du vieillard qui a fait son temps paraît contraire à l’ordre naturel, et l’autorité qu’il prétend avoir sur la jeunesse est résolument contre nature.

            La sensibilité matérialiste de Théophile le conduit ainsi à contester la légitimité de la morale chrétienne, dont il estime qu’elle induit ses contemporains en erreur en les persuadant que la vie terrestre est de peu d’importance et en entravant leur liberté. Théophile semble donc, de ce point de vue, évoluer à contre-courant dans une époque où le rigorisme chrétien est déjà de mise : il ne s’agit pas d’une contrariété superficielle, mais bien d’une divergence fondamentale qui prend source dans la réflexion philosophique de Théophile de Viau. Cette divergence se manifeste dans son œuvre à travers le refus de la tradition littéraire, dont nous avons déjà vu qu’elle découlait de sa volonté d’écrire au naturel, mais aussi par un sens de la provocation qui prend diverses formes.

 

  • Théophile de Viau, poète Moderne.

            La rébellion de Théophile ne se cantonne pas à des questions philosophiques : le statut d’écrivain lui permet de mettre en application son rationalisme et de s’affirmer comme un écrivain « moderne » en dénonçant du même coup l’absurdité de la tradition littéraire. en se Non content d’être en désaccord avec la morale ambiante, Théophile se pose en ennemi résolu du conformisme littéraire, notamment lorsqu’il revisite le thème de l’amour. La plupart des poèmes d’amour de Théophile sont de facture traditionnelle, dans le sillage de Pétrarque et de Ronsard, et traduisent l’extase ou le dépit de l’amant. Mais certaines pièces, comme cette élégie à Cloris, se détachent de cet ensemble par leur ton dépassionné et leur contenu paradoxal :

Cloris, lorsque je songe, en te voyant si belle,

Que ta vie est sujette à la loi naturelle,

Et qu’à la fin les traits d’un visage si beau

Avec tout leur éclat iront dans le tombeau

Sans espoir que la mort nous laisse en la pensée

Aucun ressentiment de l’amitié passé,

Je suis tout rebuté de l’aise et du souci

Que nous fait le destin qui nous gouverne ici,

Et, tombant tout à coup dans la mélancolie,

Je commence à blâmer un peu notre folie,

Et fais vœu de bon cœur de m’arracher un jour

La chère rêverie où m’occupe l’amour.[5]

            On retrouve dans cette élégie le rythme délié et l’absence de recherche prosodique qui caractérise la Satire première ainsi que la majeure partie de l’œuvre de Théophile. Le premier vers donne l’illusion d’un poème d’amour traditionnel, qui vanterait les mérites de la femme aimée ; au contraire, on ne trouve plus aucune allusion à la beauté de Cloris après ce premier vers : Théophile bascule d’emblée dans un discours dont le ton dépassionné rappelle celui de ses poèmes philosophiques. La « mélancolie » prend la place de la joie attendue, mais il ne s’agit pas non plus d’une mélancolie d’amoureux éconduit. Le poète en arrive même, dès la fin de cette première phrase, à rejeter le sentiment amoureux comme une folie nuisible. Le discours amoureux est donc remplacé par son contraire absolu en poésie, la réflexion philosophique. Cette réflexion présente l’amour comme un sentiment dérisoire au regard de la raison, et comme un joug dont il s’agit de se libérer. Les derniers vers du poème parachèvent la destruction du thème traditionnel de l’amour :

 

Pour moi, que la raison éclaire en quelque sorte,

Je ne saurais porter une fureur si forte,

Et déjà tu peux voir au train de cet écrit

Comme la guérison avance en mon esprit :

Car insensiblement ma Muse un peu légère

A passé dessus toi sa plume passagère,

Et, détournant mon cœur de son premier objet,

Dès le commencement j’ai changé de sujet,

Emporté du plaisir de voir ma veine aisée

Sûrement aborder ma flamme rapaisée

Et jouer à son gré sur les propos d’aimer,

Sans avoir aujourd’hui pour but que de rimer,

Et sans te demander que ton bel œil éclaire

Ces vers où je n’ai pris aucun soin de te plaire.[6]

            La raison met ainsi fin au règne du sentiment amoureux dans l’âme du poète, qui affirme une nouvelle fois sa préférence pour une écriture sans construction ni travail prosodique : cette « Muse un peu légère » se fait ici un peu plus polémique en mettant à l’épreuve la tradition de la poésie amoureuse. L’excès de la « fureur » amoureuse n’occupe pas, comme de coutume, sa place primordiale dans la « veine » du poète ; cette dernière est ici placée sous le signe de la raison.

            Ce rationalisme sans concession paraît essentiel dans la pensée de Théophile de Viau tout autant que dans son écriture poétique. Si l’écriture sensualiste de certains textes tranche avec le discours abstrait auquel il correspond, le rationalisme de Théophile trouve également sa source dans sa pensée matérialiste, qui se manifeste tantôt dans la célébration de la nature, tantôt dans la mise à distance de topoi poétiques rebattus. Le matérialisme de Théophile entraîne ainsi à lui seul des contradictions importantes entre les textes : son expression oscille entre une poésie à la gloire de la diversité naturelle et une poésie philosophique dénuée de tout sensualisme.

            L’écriture « à la moderne » se traduit chez Théophile par l’affirmation de son indépendance à l’égard de la tradition littéraire héritée de l’Antiquité. Cette dernière s’attire à plusieurs reprises les foudres de Théophile, ainsi au début de la Première journée, où il raille ses lourdeurs. Ce rejet de la tradition semble trouver sa source dans le rationalisme de Théophile, comme en témoignent ces vers tirés de l’épître A Monsieur du Fargis où les mythes antiques sont attribués à une superstition qui n’est plus de mise :

Je n’entends point les lois ni les façons d’aimer,

Ni comment Cupidon se mêle de charmer :

Cette divinité des dieux même adorée,

Ces traits d’or et de plomb, cette trousse dorée,

Ces ailes, ces brandons, ces carquois, ces appas,

Sont vraiment un mystère où je ne pense pas.

La sotte Antiquité nous a laissé des fables

Qu’un homme de bon sens ne croit pas recevable,

Et jamais mon esprit ne trouvera bien sain

Celui-là qu se paît d’un fantôme si vain,

Qui se laisse emporter à des confus mensonges,

Et vient même en veillant s’embarrasser de songes.

Le vulgaire qui n’est qu’erreur, qu’illusion,

Trouve du sens caché dans la confusion :

Même des plus savants, mais non pas des plus sages

Expliquent aujourd’hui ces fabuleux ombrages.

Autrefois les mortels parlaient avec les dieux,

On en voyait pleuvoir à toute heure des cieux :

Quelquefois on a vu prophétiser des bêtes,

Les arbres de Dodone aussi étaient prophètes.

Ces contes sont fâcheux à des esprits hardis

Qui sentent autrement qu’on ne faisait jadis.[7]  

            Théophile oppose ainsi à une tradition littéraire héritée de la Renaissance un rationalisme iconoclaste qui écarte l’ensemble des codes et des images consacrées que ses prédécesseurs ont puisé dans l’Antiquité. La Maison de Sylvie confirme la position de Théophile, qui considère que le temps de la mythologie est révolu :

Tout le monde a dit qu’Apollon

Favorise qui le réclame,

Et qu’avec l’eau de son vallon

Le savoir peut couler dans l’âme ;

Mais j’étouffe ce vieil abus

Et bannis désormais Phébus

De la bouche de nos poètes ;

Tous ses temples sont démolis

Et ses démons ensevelis

Dans des sépultures muettes.

 

Je ne consacre point mes vers

A ces idoles effacées

Qui n’ont été dans l’Univers

Qu’un faux objet de nos pensées.

Ces fantômes n’ont plus de lieu :

Tel qu’on dit avoir été Dieu

N’était pas seulement un homme.[8]

[…]

            Le refus du recours à la mythologie à la manière des poètes de la Renaissance est donc présent à plusieurs reprises dans l’œuvre de Théophile de Viau, qui ne laisse pourtant pas d’y recourir souvent ; mais lorsqu’il y recourt, on l’a vu, c’est en y ajoutant son apport personnel, comme pour créer sa propre mythologie, et non pour perpétuer la tradition poétique. Quoiqu’il en soit, c’est bien au nom de la raison que Théophile rejette l’utilisation des mythes antiques en poésie. Il s’agit sans doute également pour lui, en apportant une caution rationnelle à son écriture, d’affirmer sa liberté d’écrivain, envers et contre toutes les traditions. L’ensemble de son œuvre semble soutenir cette rébellion du poète contre la doxa et contre toutes les traditions :

La coutume et le nombre autorise les sots […].[9]

 

  • Le goût de la provocation

 

            La rébellion de Théophile contre l’ordre établi a donc pour origine une vision du monde matérialiste ; cette rébellion, parfois assez discrète, n’en revêt pas moins souvent l’apparence d’une provocation. Théophile, en porte à faux avec l’opinion commune, prend plaisir à choquer les convenances ; c’est sans doute le sens de sa poésie pornographique, genre à la mode au début du XVIIe siècle, jusqu’à la condamnation du Parnasse satyrique de 1623, qui portait en première page un sonnet signé de son nom. La difficulté de ces poèmes tient principalement à leur attribution ; il n’est en effet pas impossible qu’une partie des vers licencieux de Théophile aient été composés par un autre poète qui, à des fins commerciales, y aurait apposé le nom du poète agenais. Cependant, ces poèmes s’inscrivent dans la logique de la rébellion de Théophile. Comme le montre Michel Jeanneret dans Eros rebelle[10], la poésie licencieuse du temps de Théophile s’écarte en effet de l’érotisme renaissant sur un point essentiel : il ne s’agit plus pour le poète d’éveiller le désir du lecteur par des images suggestives, mais bien de faire scandale en provoquant sa répugnance. Les poèmes pornographiques attribués à Théophile sont loin de proposer une vision idéalisée de la procréation ; la figure la plus courante est probablement celle du vérolé, comme dans le fameux sonnet publié dans le Parnasse satyrique :

Phyllis, tout est ...outu, je meurs de la vérole ;

Elle exerce sur moi sa dernière rigueur :

Mon v. baisse la tête et n’a point de vigueur,

Un ulcère puant a gâté ma parole.

 

J’ai sué trente jours, j’ai vomi de la colle,

Jamais de si grands maux n’eurent tant de longueur,

L’esprit le plus constant fût mort à ma langueur,

Et mon affliction n’a rien qui la console.[11]

            Dans ces deux premières strophes, l’érotisme disparaît totalement pour laisser place à la figuration de la maladie dans les termes les plus crus, avec toute l’impudeur qui caractérise la pornographie. L’aspect provocant de ce sonnet semble résider à la fois dans l’usage du vocabulaire le plus grossier et dans l’aspect repoussant de la vision qu’il propose. Le contraste est frappant avec les odes de La Maison de Sylvie, par exemple : la puissance d’évocation du lexique est la même, mais l’émerveillement laisse ici la place au dégoût. L’impression de malaise est principalement concentrée dans les verbes : la plupart d’entre eux exprime un mouvement ou un état qui caractérise la maladie.

            Théophile semble ainsi rivaliser avec les poètes de son temps dans le domaine de la poésie pornographique ; mais plutôt que de vanter les mérites de l’amour physique, ces poètes font de la poésie une arme contre les dévots et les bien-pensants en prenant en charge les aspects la réalité physique la plus scandaleuse. La poésie pornographique viole en effet un interdit devenu absolu au regard de la religion en mettant en valeur les plaisirs du corps ; en combinant ce matérialisme outrancier avec la figuration des aspects les plus repoussants du corps et le lexique le plus grossier, elle devient encore plus ennemie des bonnes mœurs qu’elle ne l’était déjà. Le recours à la pornographie entre ainsi dans la cohérence de l’œuvre de Théophile dans la mesure où elle parachève son statut de « poète rebelle ». La violence que recèle cette pornographie se situe ainsi en droite ligne de la véhémence que des œuvres telles que la Satire première ou l’Elégie à une dame laissent transparaître.

            Il se pourrait aussi que cette outrance pornographique aille paradoxalement dans le sens de la censure imposée par la morale chrétienne aux appétits du corps. A ce titre, l’ambiguïté que soulève Michel Jeanneret est intéressante : en même temps qu’un signe de rébellion, cette pornographie pourrait constituer une première marque du déni du corps qui traverse le XVIIe siècle.[12] Cette outrance provocatrice du matérialisme serait donc un signe de la prégnance nouvelle de la morale chrétienne, jusque dans les esprits des libertins. Du moins peut-on affirmer que le libertinage qui apparaît dans ces poèmes n’a rien de la sereine paillardise des poètes renaissants, à commencer par Ronsard[13].

            Un paradoxe fondamental commence à se faire jour dans le libertinage de Théophile, qu’on a défini jusque-là, avec Guido Saba, comme un « poète rebelle » dont l’œuvre ne fait que renforcer la position marginale à l’égard de la société française. Il est vrai que Théophile, non content de mettre en œuvre une poétique clairement matérialisme, affirme haut et fort son dégoût pour les coutumes de son temps, et manifeste un goût certain pour la provocation, dont la pornographie constitue l’expression la plus achevée ; mais cette rébellion porte en elle les germes d’un malaise plus profond qui témoigne d’importantes tensions internes. L’épicurisme de Théophile n’a rien de l’hédonisme tranquille prôné par Epicure ; c’est un épicurisme guerrier qui, dans sa virulence même, se place sous le signe de la mauvaise conscience chrétienne.

 

  • Théophile et l’épicurisme : conclusion

            On peut affirmer, à partir de toutes ces analyses, que Théophile n’est pas un épicurien doctrinaire : les quelques références à Epicure qu’on peut trouver dans son œuvre s’inscrivent en réalité dans un réseau plus vaste et plus complexe qui témoigne surtout de la diversité des lectures de Théophile et de ses affinités avec le matérialisme hérité de la période hellénistique. De ce point de vue, Théophile s’inspire sans doute davantage de Montaigne que de Lucrèce et d’Epicure. C’est donc hors de tout système et dans le cadre d’une poésie personnelle que sa pensée se construit.

            L’épicurisme n’en détient pas moins une place fondamentale dans cette pensée, dans la mesure où le « naturalisme » qui la caractérise permet à Théophile de développer une écriture poétique  libre de toute allégeance envers la coutume. On aperçoit ici l’un des paradoxes qui fondent la cohérence de son œuvre : c’est en vertu du principe de fidélité à soi que Théophile refuse de porter le joug de la doctrine épicurienne, mais cet asystématisme trouve malgré tout sa source dans le matérialisme hellénistique, et en particulier dans l’épicurisme tel que Montaigne le transmet.

            Il est certain que le matérialisme de Théophile a de nombreuses autres sources, parmi lesquelles les rationalistes Padouans, et en particulier Vanini, très à la mode au temps de Théophile. Nous avons choisi d’éluder cet aspect assez connu de l’œuvre de Théophile, qui s’inspire sans doute de la démarche de Vanini dans ses poèmes les plus libres et les plus rationalistes, au profit de la mise en parallèle de son œuvre avec celle de Montaigne, autre écrivain attaché à la construction d’une pensée personnelle contre tous les dogmatismes. Il semble que Théophile, tout comme Montaigne, écrive avant tout pour se mettre lui-même en valeur. Cette volonté de s’exposer aux yeux du monde ne tient pas simplement à sa situation d’exilé politique, puis de bouc émissaire de la censure puritaine ; elle est véritablement au cœur de sa poétique et de sa pensée, dont nous avons montré qu’elles sont indissociables l’une de l’autre, la première constituant souvent une illustration de la seconde. Il paraît donc nécessaire, afin de mettre en évidence la cohérence de l’œuvre de Théophile de Viau, d’élargir la perspective, et de la considérer dans l’environnement social et politique qui est le sien. L’enjeu principal de cette œuvre paraît en effet être, pour Théophile, de trouver sa place dans une société qui entre peu à peu dans l’ère de l’absolutisme.


[1] P.U.F., collection « Ecrivains », Paris, 1999.

[2]  Théophile de Viau, op. cit., t. I, p. 202, v. 9-14.

[3] Ibid., v. 15-17.

[4] Ibid., p. 222, v. 75-84.

[5] Théophile de Viau, op. cit., t. II, p. 41, v. 1-12.

[6] Ibid., p. 43, v. 81-94.

[7] Théophile de Viau, op. cit., t. I, p. 218-219, v. 21-36

[8] Théophile de Viau, op. cit., t. II, p. 201-202, v. 11-27.

[9] Théophile de Viau, op. cit., t. I, p. 202, v. 31.

[10] Michel Jeanneret, Eros rebelle. Littérature et dissidence à l’âge classique, Seuil, 2003, p. 95 : « Si le ton monte, c’est que la liberté morale et la sensibilité naturaliste, largement tolérées à la Renaissance, se heurtent désormais à la police des mœurs et des idées. A la puissance de la répression répond l’énergie de la résistance. » L’analyse de M. Jeanneret met ainsi en évidence une nette « cassure » entre l’esprit de fête dont témoigne la poésie érotique de la Renaissance et le malaise qui caractérise celle du premier XVIIe siècle.

[11] Théophile de Viau, op. cit., t. III, p. 136, v. 1-8.

[12] Michel Jeanneret, op. cit., p. 103 : « De part et d’autre, l’acharnement est le même. Les uns travaillent à anéantir la chair, à cautériser l’impur, les autres exhibent une sexualité hypertrophiée et un érotisme maniaque, mais tous, aliénés par rapport au corps, sont asservis à une fascination pathologique pour cette chose qui les ravit ou les dégoûte, et qui n’est pas vraiment eux-mêmes. » La pornographie du temps illustre ainsi, pour M. Jeanneret, l’horreur chrétienne du corps.

[13] Ibid., p. 61.

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