03/02/2008

Manus sana in corpore sano

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    Alors que les salles des professeurs subissent encore l’onde de choc du cataclysme médiatique de jeudi dernier, et que leurs occupants se demandent quelles désagréables surprises leur réserve le proche avenir, Shalmaneser se propose d’analyser la situation à chaud, loin des lieux communs et – faut-il le rappeler – avec humour. Par un paradoxe qu’on ne saurait expliquer en quelque lignes, son étonnant processeur, s’il arbore un sérieux sans faille lorsqu’il est question d’art et de littérature, libère inexplicablement un plein stock de facéties dès lors qu’il s’agit de politique ou de ce qu’on appelle parfois abusivement actualité. Croyez bien que nos informaticiens travaillent sans relâche à la réparation de ce mystérieux défaut, en dépit de l’incorrigible mauvaise volonté de l’I.A. Shalmaneser. Voici donc tout ce que nous avons pu en tirer au sujet de cette affaire, à défaut de mieux ; nous ne saurions trop conseiller au lecteur bouillant d’indignation, qu’il soit dans le camp des insultes ou dans celui des gifles, de tourner bride en quatrième vitesse.

    Amis enseignants, haut les bambous ! Nous voici à l’heure fatidique où les ennemis du savoir tentent, en une offensive plus puissante et insidieuse que jamais, de mettre à l’épreuve la sacrosainte autorité du professeur dans la classe. Je fais référence à cette honnête gifle, administrée par un confrère à un jeune élève, qui valut récemment à ce saint homme une inculpation pour violences aggravées sur mineur. Aggravées ? Doit-on déduire de ce malencontreux adjectif que le valeureux éducateur avait au préalable trempé dans l’acide la paume de la vengeance ? Non, mes amis ; nous ne saurons souffrir plus longtemps que l’honneur du corps professoral soit ainsi bafoué, foulé aux pieds par un rejeton de Pandore.
    Aussi livrerai-je à votre sagacité, sans plus attendre et sans commentaires, un passage hautement éloquent des Leçons du Monde Fluctuant de Jérôme Noirez, roman paru en 2007 chez Denoël, dans la collection Lunes d’encre. Lisez plutôt :

"Never Too Late to Learn,
Edition du 12 juin 1864.

ELOGE DES CHATIMENTS CORPORELS
Par le révérend Uggug


   
Je vois, toujours plus nombreuses, de bonnes âmes dénoncer à grands cris les châtiments corporels. Certes, des sentiments honorables animent ces personnes, mais savent-elles exactement de quoi elles parlent ? Ont-elles déjà été confrontées à des esprits totalement impénétrables au savoir ? Savent-elles à quel point les valeurs fondamentales de l’Educaume sont menacées de toutes parts ? Non par les anarchistes ! Non par les socialistes ! Non par les Irlandais ! Non par le cosmopolitisme abêti des nations qui nous entourent ! Mais par cette gangue infecte d’ignorance de laquelle nous n’arrivons pas à arracher une partie de notre jeunesse ! Un grand péril pèse sur notre société, et ce ne sont pas les bons sentiments de nos concitoyens qui nous en protègeront.
    Ainsi, je vois, avec inquiétude, la canne et la badine rangées au fond des placards, je vois des professeurs n’osant plus donner de la gifle ou de la règle,  hésitant même à faire poser les mains sur les têtes, à faire agenouiller dans les coins.
    Je suis de ceux – je me dois de le confesser au lecteur – qui, sans de justes corrections, incluant la lanière de cuir et le battoir en bois de hêtre sur les fesses nues, auraient peut-être sombré dans l’idiotie. Je remercie infiniment mes professeurs éclairés d’avoir sanctionné de leurs bras infaillibles mes insuffisances.  Sanctions injustes, sanctions barbares, disent certains ! Nullement ! Je n’y vois que don de soi ! Je n’y vois qu’amour !
    Jamais un professeur, du moins un professeur digne de ce nom, ne prend plaisir à infliger un châtiment corporel. Il le fait toujours la mort dans l’âme, mais tel est son devoir.
    Parents, enseignants, je vous en prie, considérez mon humble exemple. Voyez comme les châtiments corporels me furent profitables, et soyez assurés que dans ma tâche de professeur, je ne renoncerai jamais à leur emploi. Il en va de l’avenir de nos enfants.
    Ajoutons à ce bref exposé que le châtiment corporel doit être à la mesure de la rébellion de l’élève. Ainsi, s’il convient d’user de la règle ou de la badine dans nos meilleures écoles, on ne saurait se contenter dans certains établissements, je pense en particulier aux cancrières, de ces méthodes affectueuses. Car les élèves, habitués à de rudes conditions d’existence, sont comme ces pachydermes au cuir trop épais pour sentir la morsure du fouet. Je préconise à ce titre l’usage de diverses méthodes, certaines ayant fait leurs preuves, d’autres méritant qu’on les expérimente : la tunique d’ortie punit tout en oxygénant le cerveau par un vif afflux de sang, des décharges électriques appliquées sur les tempes profitent au corps comme à l’esprit, la morsure d’une scolopendre mexicaine laisse un cuisant souvenir, et la simple perspective d’un nouveau tête-à-tête avec le myriapode suffit généralement à calmer les ardeurs de nos petits cancres…
"

                Jérôme Noirez, Leçons du Monde Fluctuant, p.103-104


    Eh ! Ce n’est pourtant pas faute de vous avoir prévenus. Ces temps-ci, Shalmaneser débloque à pleins tubes ; à croire qu’un satané saboteur est venu lui rendre visite. Rendez-vous compte : rien sur le mariage de Notre Président, pas un mot.

Commentaires

Bien vu l'ami, et joli site

Ecrit par : Citoyen | 15/02/2008

Merci de m'avoir fait découvrir Noirez !!
Vraiment excellent !
Le coup de la règle sur les doigts et l'oreille tirée étaient deux châtiments fortement appréciés par mon instituteur en primaire !!!

Mais je suis toujours vivant ! Enfin je crois !

Ecrit par : Ultimo | 18/02/2008

Salut JP !
Ce passage n'est qu'un maigre aperçu du dernier Noirez, qui est encore plus barré que ça en réalité... Je devrais y consacrer une chronique dans pas trop longtemps, quand j'aurai un peu moins la flemme.
Apparemment, pas de séquelles aux doigts comme aux oreilles, connaissant ton goût pour la musique.
Tu reprendras bien une Mauresque ?

A +

Ecrit par : François | 18/02/2008

"Jamais un professeur, du moins un professeur digne de ce nom, ne prend plaisir à infliger un châtiment corporel. Il le fait toujours la mort dans l’âme, mais tel est son devoir."

C'est peut-être pour ça que je suis pas prof !

Ecrit par : Aïn | 24/02/2008

Haha ! C'est bien possible en effet...
Ravi de te voir arpenter le territoire de Shalmaneser, Aïn.
A bientôt.

Ecrit par : François | 24/02/2008

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